Les Herbes Folles de Alain Resnais

Publié le par The old Ben

Les Herbes Folles

http://www.cinezik.org/critiques/jaquettes/herbes_folles.jpgRéalisé par Alain Resnais

 

Adaptation du roman « L'incident » du spécialiste des questions sans réponses et de l'indécision, Christian Gailly, Alain Resnais, cinéaste octogénaire, nous livre « Les Herbes Folles ». Ce film, semblant se reposer sur rien de tangible, est une nouvelle démonstration du talent cinématographique de Resnais. Certains compareront vainement à la verve littéraire de « Smoking/No Smoking » que l'on a du mal à retrouver, mais là poésie est bel et bien présente.

 

L'histoire? un homme qui trouve un portefeuille et qui se mets en quête de sa propriétaire, rien de rocambolesque n'est ce pas? Et pourtant...Cette étrange relation entre ce retraité au passé peu clair et cette dentiste célibataire demeurera aux confins du fantasme et de l'inconstance, de quoi décontenancer. Avec surprises on assiste à un conte, certes un peu surréalistes, mais à l'esthétisme subtil, où les égarements de la raison et les enchainement du hasard défileront dans des scènes d'une banalité déstabilisante. Le tout ponctué par une voix off (de Edouard Baer) contant une fable qui aurait pu débuter par il était une fois une jeune femme au pied magnifique qui se fit voler son sac... Un sac moins volé que volant au final.

On pourrait penser qu'au final cela n'a pas de sens, mais bien au contraire. « Les Herbes Folles » parlent de nous, de cette digression permanente et de l'insatisfaction de nos vies, guidé par nos pulsions et accoudé au préjugé de nos fantasmes. Bref, de nous...

Le cinéaste prend plaisir à loger l'essentiel dans une réplique anodine, dans le mouvement d'un comédien, que ce soit Sabine Azema ou André Dussolier animés de pulsation jazzy, ou dans l'étrange couleur d'un façade fraichement repeinte, voir même dans le symbole (sexuel?) d'une balade en avion. Et à travers tout ça de nombreuses référence et hommages transparaissent, que ce soit le côté étrange avoisinant celui de David Lynch, la musique décalé de Mark Snow (générique de X files), les couleur façon bandes dessinés à la Will Eisner (l'affiche ou les feux de circulation), voir simplement les jambes des femmes, et le baiser Hollywoodien avec la twentieth century fox retentissant le tout souligné par le mot Fin pour pousser l'hommage au paroxysme. Tout est ici mis en scène par des mains de maitres qui n'a plus rien à prouver.

 

On pourra peut-être regretter l'abandon absolu du sujet au profit d'une forme évidemment maitrisée et des ces expérimentations visuels (des panoramiques de plus de 180°) dont on eu souhaité qu'elle fut d'avantage soutenue par un propos qui se défile lentement jusqu'à mettre de côté ces propres enjeux. Christian Gailly écrivait « Monsieur Resnais ne filme pas la littérature, il compose des images qui nous parlent d'autre choses, de quoi, je ne sais pas, mais ça se voit et c'est ce que le cinéma doit être » qui pourrait résumer le sentiment du spectateur en sortant de ce film.

Mais plus simplement « Les Herbes Folles » c'est du grand, du très grand cinéma, du cinéma à la Resnais, du cinéma libre.

 

Publié dans Cinéma

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