Kick Ass de Matthew Vaughn

Publié le par The old Ben

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Kick Ass : un titre qui en dit long, bien plus que l'image peu subtile qu'il dégage au premier degré. Kick Ass c'est la volonté d'un grand auteur de Comics -Mark Millar, auteur du très sarcastique comics Wanted- de déroger à la règle actuelle du comics : toujours plus sombre, toujours plus violent, toujours plus, tout simplement. En effet prenant à contre-pied les règles, jouant sur les codes et créant un véritable melting pot graphique de la culture geek sauce Supergrave, Millar écrit un des comics les plus jouissif de ces dix dernières années. Transporté sur le grand écran, qui a tendance à calquer cette tendance du "réalisme sombre" avec Spiderman et Batman, le résultat ne pouvait faire qu'un film post modern au relent Tarantinesque digne du plus grand intérêt (en laissant cette liberté que Wanted n'avait pas eu lors de son adaptation). Mais avant de s'élancer dans une tirade amoureuse de cette sous culture (maintenant populaire), il faut d'abord la comprendre, car Kick Ass n'est pas original de par son sujet mais de par sa forme.

http://cinemafique.files.wordpress.com/2009/08/kick-ass.jpgEn effet, il aborde le thème de la volonté d'être quelqu'un (potentiellement autre), représenté par une figure archétype du genre, celui d'un "teenager" mal dans sa peau beaucoup plus nerds que geeks (que la médiatisation et le capitalisme se sont fait une joie d'assimiler au même terme). Et la volonté d'être autre est le thème fondateur de toutes les activités (certaines plus du tout "underground") de cette culture : les jeux vidéos, les jeux de figurines, les grandeurs natures et évidemment le jeu de rôle (qui est par définition une volonté d'être quelqu'un d'autre). Au mieux parodiés dans certains films (l'ovni Astropia), au pire critiqués voir déformés (Demain dès l'Aube), la culture geek a été mise récemment sous les projecteurs grâce aux jeux vidéos et plus récemment aux comics. Le thème est depuis réinjecté par d'autre cinéastes et développé hors de la culture geek avec le concept d'incarnation dans Matrix ou même Avatar, qui conserve tout de même plus ou moins des relents de ces références.

Mais le chemin a été long, les boites de jeux vidéos n'ont jamais été prise au sérieux vis à vis du Cinéma comme le retrace l'excellent livre Les Maîtres du jeu vidéo développant le parcours des deux créateurs du célèbre Doom. Les différentes adaptations cinématographiques étaient, dans les années 90, considérées comme des nanards, et n'avaient alors par le poids commercial pour être pris au sérieux, que ce soit Mario Bros, Mortal Combat ou Street Fighter. Il a fallut attendre Blade, première adaptation respectant scrupuleusement la source d'inspiration pour qu'on puisse prendre, avec le recul nécessaire, cette culture au sérieux. L'arrivée à Hollywood de rôlistes, gamers ou lecteurs assidus de comics a fortement aidé les choses : que ce soit Steven Spielberg -et son magnifique hommage au rôliste au début d'E.T. : The Extra-Terrestrial- ou plus récemment Guillermo Del Toro avec Hellboy. A cela s'ajoute le traumatisme du 11 septembre, corrélant cette volonté des masses à s'identifier à un super héros sauvant le monde : ce fut le début de la gloire de Spiderman et la naissance marquée et marquante de l'ère de la franchise de la culture geek avec des succès commerciaux comme Tom Raider.

Cet historique est évidemment nécessaire pour comprendre le discours sous-jacent de cehttp://cine-serie-tv.portail.free.fr/actu-cine/17-09-2009/kick-ass-a-deja-une-mandale-d-avance/kickass_haut23.jpg

film qui est un condensé et une résultante de tout cela. Alors effectivement les allusions sont plus ou moins subtiles, allant du Batman/Joker (joué habillement par Cage les deux fois, le côté Joker étant lors de sa mort) ou même spiderman («No power, no responsability?»), jusqu'à Scarface (avec l'homme au bazooka proclamant «J'ai toujours rêvé de dire ça !»). Le film développe un pathos particulier avec les afficionado du sous genre de la culture américaine, tout en évitant avec subtilité et brio la pastiche ultra référencée. Car oui on peut facilement voir les différentes références à Batman que ce soit Hit Girl raillant le Batsignal (relégué à Youtube et Facebook dans le film) pour qu'on la contacte ou Red Mist calquant l'idée de la Batmobile, mais seul un fan du super héros pourra voir l'inspiration de Big Daddy sur le Batman d'Adam West. La réplique de Kick Ass «Je n'ai pas été mordu par une araignée radioactive, je ne suis pas un extraterrestre réfugié sur Terre, ni même ai des pouvoirs cosmiques...» est un exemple -certes simpliste mais- extrêmement démonstratif de ces différents degrés de lecture commençant par une référence simple- Spiderman- et allant vers des références plus obscures comme Superman voir, mais pas forcément,  au Surfeur d'Argent. Le réalisateur, Matthieu Vaughn, nous montre ici la pluralité de ces références et crée une véritable ludicité dans le film sans pour autant rejeter les néophytes.

Alliant une mise en scène et un montage énergiques et intelligents : Kick Ass remplit plus que sa simple volonté qui est de nous divertir. La musique très "juke-box" n'est pas à comparer à celle du puéril Ritchie mais lorgne plutôt d'une volonté Scorsesienne : on assiste à une série de mise en image de musiques les unes plus adéquates que les autres et le choix de musiques pour la plupart récentes, rend encore plus réel, encore plus ancré dans notre réalité, notre époque, comme cette scène de torture digne d'un flash d'information sur des agissements terroristes. Une mention spéciale à Per http://www.comicsplace.net/wp-content/uploads/Marvel/KA6.jpgQualche Dollaro In Piu de Morricone et Bad Reputation de Joan Jett, deux scènes qui deviendront mythiques si elles ne le sont pas déjà, mettant en avant le personnage emblématique du film : Hit Girl, allégorie désenchantée d'une jeunesse mutilée, et nouvelle icône féminine populaire dans la lignée de Buffy et Lara Croft. Il suffit de recenser les scènes d'actions marquantes du film pour en être persuadé : l'apparition de Hit Girl en costume, Hit Girl allant sauver Big Daddy (scène dans le pur ton des jeux vidéos FPS) , Hit Girl en petite écolière, Hit Girl dans le couloir de la bibliothèque, et oui Hit Girl c'est mieux que les Martine...

Chloe Moretz, jeune actrice nous offre une nouvelle fois (déjà remarquable dans 500 jours ensemble) un rôle ponctué de répliques cinglantes ultra référencées au comics («Ok you cunt, let's see what you can do?») et d'une justesse rarement vue au cinéma pour cet âge (du même âge on ne peut que citer Isabelle Fuhrman dans Esther). Avec en face, le très controversé Nicolas Cage -alias Big Daddy- qui livre un excellent jeu d'acteur, et on ne peut que saluer son retour des plus appréciables avec Bad Lieutenant. Les seconds rôles, toujours dans le ton, sans tomber dans la parodie, livrent un écho au duo Hit Girl/Big Daddy qui se propulsent comme les personnages les plus charismatiques de ce film, reléguant le personnage éponyme et non moins intéressant de Kick Ass/Dave, à un rôle secondaire.

Et c'est le principal défaut du film : son scénario séparant clairement les temps forts (les moments d'action ancrés super héros) et les temps faibles (la romance de Dave Lizewski, les manigances de Amico, etc..) le milieu du film manque ainsi clairement de dynamisme et l'on doit attendre le top départ, signé par une série de dessins retraçants le passé de Big Daddy (référence au flash back dans Kill Bill) pour retrouver la puissance qui s'était installée dès ce début du film caustique en la voix off typée Sin City. Même si ces temps faibles contiennent quelques moments assez originaux comme lorsque vient le moment pour le héros de révéler sa véritable identité à la fille de ses rêves : d'ordinaire ce genre d'aveu donne lieu à un mini-trauma et un long débat sur la trahison, ici c'est évacué grâce à une pulsion sexuelle et un décalage humoristique: «Tu restes dormir !?».

http://www.empireonline.com/images/news/temp/mtv-kick-ass-poster-1.jpgLe film s'ancre donc dans dans l'ère des films post mhttp://s.excessif.com/mmdia/i/89/0/kick-ass-matthew-vaughn-4245890fbofw.jpgodernes -on ne citera pas La Horde de Yannick Dahan et Benjamin Rocher qui sera passé inaperçu- et rejoins dignement les successeurs de Tarantino dont il parsème le film d'hommages (la scène ou Kick Ass passe devant la voiture du mafieux qui nous renvoie directement l'image de Pulp Fiction ou alors le sujet de la vengeance caractérisant les films de Tarantino) On ne peut que saluer ce film de "super héros" qui arrive au bon moment. Au moment où certains crient au raz le bol, le film montre que le sujet des héros en costumes moulants est loin d'être épuisé. Les super héros ont toujours eu un rôle de justicier; Kick Ass lui vient rendre justice au cinéma de genre et à ses cinéphiles, mettant un splendide "kick ass", comme l'annonce son titre, à l'arrière train des productions affligeantes que nombre d'entre nous ont subis dans les salles obscures.

 

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Ce film est une bouffée d'air frais, on en ressort bien content d'avoir vu enfin un vrai film de Cinéma.

 

Et n'oubliez pas : With no power comes no responsibilities.

 

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Fry 10/12/2010 21:12


Ah merci ! T'as lu mon avis passionné sur Kick-ass ? :P

Sinon je suis arrivé là justement en tapant "Kick-ass pulp fiction", c'est revenu me hanter, sur les forums allociné (oui je sais, allociné c'est nul, moi aussi je déteste) ça avait pas l'air de
convaincre. La vérité triomphera quand IMDB listera cette référence !


The old Ben 11/12/2010 13:12



Oui j'ai lu, j'aime bien.


Et tu sais avec le cinéma il y a des évidences que les gens ne remarquent pas ^^.



Fry 10/12/2010 12:17


Ouf ! Je suis pas le seul à voir une référence à Pulp fiction !


The old Ben 10/12/2010 21:09



Héhé !! Carrément pas !


Merci pour le commentaire :). J'ai vu ton blog, très sympa :).


 



Daphnée 24/10/2010 14:25


Ca y est j'ai enfin lu ta critique de Kick Ass !
Je suis fan, je t'apporte la mienne lundi... Je cite aussi Supergrave ahah comment passer à coté :)


The old Ben 24/10/2010 17:03



Merci du commentaire, tant mieux qu'elle t'ai plu.


Je lirais la tienne lundi avec plaisir.


Bonne fin de WE ;).



The Dude 19/05/2010 21:23


Pas mal pour un geek roliste mais a quand ton mémoire sur Kick ass?
Et moi perso jtrouve que Martine c'était cool!!! :)


The old Ben 19/05/2010 21:29



Mon mémoire sur Kick Ass? jamais...


Un truc plus gros sur le cinéma moderne ça par contre ...


Et puis le geek roliste ça va bientôt être toi



Tootsif 12/05/2010 21:10


Ce film est Le film de ce début d'année. Pour une fois que l'on respecte l'esprit irrévérencieux de Mark Millar (cf la purge Wanted) et ça fout une tatane dans la gueule de l'autre boîte en fer
d'Iron Man !
Hit Girl powa !


The old Ben 18/05/2010 12:59



Je suis carrément d'accord !!!


J'ai "allongé" ma critique ;). Merci du commentaire en tout cas !